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Une illusion et son avenir
MORIN D.C.

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XXèmes Journées de l’Information Psychiatrique
TOULOUSE, 10-13 Octobre 2001

UNE ILLUSION ET SON AVENIR

Dr. MORIN Denis-Charles

Praticien hospitalier, Docteur en psychologie, Service des urgences, Centre hospitalier de Meulan-les-Mureaux 78250 Meulan

Lorsqu'on s'intéresse à la psychanalyse depuis plus de trois décennies, force et de constater que les espoirs qu'elle avait fait naître pour comprendre les névroses et les psychoses n'ont pas été confirmés par des résultats probants. Il y a seulement 30 ans, “ On ” croyait à la psychanalyse. Elle était même considérée par les psychiatres en herbe de jadis comme "LA" formation unique, porteuse de l'outil thérapeutique dont on ne pourrait plus se passer. Or, les thèses de Sigmund FREUD s’étant répandues sans que leurs fondements théoriques aient été regardés de près, elles n'exercent plus sur les jeunes générations la fascination qui captivait leurs aînés. Les promesses de la psychanalyse font à présent partie du passé.
Actuellement, seule une "psychanalyse appliquée", témoigne encore d'un reste de vitalité des idées freudiennes. Sans aucun doute, la littérature, la création artistique, l'information journalistique tiennent toujours cette idéologie comme une référence et la doctrine suscite encore beaucoup d'intérêt dans le public, mais il se double d'un prudent scepticisme, en sorte que la psychanalyse authentique est en perdition. Ce déclin, officiellement ignoré des Associations de psychanalystes transparaît dans la multiplication des conférences ouvertes à tout public qu'organisent ces mêmes Associations, jadis si fermées, ainsi que dans le ton morose des articles et publications spécialisées. Loin d'enrayer ce processus, l'intérêt récent pour une Histoire de la Psychanalyse est un autre signe du crépuscule freudien, puisque composer l'histoire temporelle d'un mouvement, c'est déjà le considérer comme achevé.
Me tenant à distance de toute controverse passionnelle, je proposerai ici de montrer que la disgrâce qui frappe la psychanalyse ne traduit pas seulement le vieillissement d’une mode, mais résulte de la nature de son corps doctrinal, celui-ci s'étant miné lui-même, spontanément, parce qu'il est composé de Principes sans Causes.

Pour que mes auditeurs saisissent bien la distinction entre Principes et Causes, je préciserai que chercher à rendre intelligibles des phénomènes inexpliqués suppose de les rapprocher en tissant entre eux des liens cohérents. Or ces premiers linéaments sont seulement des Principes qui ne sont pas capables de rendre compréhensibles les phénomènes, si les Causes qui les déterminent restent obscures. Seules les Causes assurent aux Savoirs une véritable consistance en solidarisant plusieurs phénomènes, quels que soient les Principes retenus pour les comprendre. Le Principe d'Archimède explique la flottabilité par la différence des densités, or l'albatros immobile qui paraît flotter dans l'air n'est pas maintenu en sustentation par la différence des densités mais par un autre principe qui est la compressibilité des gaz.
Ces deux principes ont une cause commune qui est le gradient de cohésion des particules composant la matière, gradient de cohésion qui pourra à son tour, faire figure de Principe pour forger d’autres Causes, plus proches de la réalité physique, en sorte qu’il existe une hiérarchie des Principes et des Causes, où les Principes sont les vérités d'une suite de plusieurs Causes. A mesure de leur découverte, le champ des connaissances s’élargit en réduisant le nombre des Principes. Ainsi les Principes permettent de construire des modèles capables de fournir des paradigmes éventuellement justes, mais si rien ne vient cimenter leur groupement, le simple rapprochement n'est pas en mesure de construire l’unité nécessaire à la Science, garantissant l'autorité qui lui revient de droit.
Tel est le cas de la Psychanalyse, puisque ni Sigmund FREUD ni ses successeurs n'ont cherché à pénétrer les Causes susceptibles de justifier les Principes qu'ils ont amoncelés, se contentant de les répéter par un acte de foi collectif qui a fini par occulter toute critique et précipité le déclin de la discipline dont Je vais brièvement silhouetter les porte à faux de ce système de connaissances, à partie des Principes Canoniques et de leur application à la pathologie.

LES PRINCIPES CANONIQUES

Le premier Principe de la psychanalyse est celui de la "libre circulation" devant être assurée à un hypothétique fluide, la Libido (p.325) , faute de quoi les symptômes d'une souffrance psychique ne peuvent manquer d'apparaître (p.398).
La doctrine prévoit en effet, que depuis l’enfance, jusqu'à l’âge adulte, cette liberté de circuler peut se trouver entravée par plusieurs facteurs dont l'un tiendrait à la nature variable de la Libido, puisqu’après une première phase où celle-ci serait centrée exclusivement sur le Moi du sujet et dite pour cela "Narcissique", interviendrait une transformation qui de "Narcissique" la ferait devenir "Objectale", parce que ses intérêts se dirigent hors le Moi (p.393). S'emparant alors d'une donnée sensible qui est la Sexualité en écartant sa matérialité, la doctrine en fait à la fois l'origine et l'achèvement de la Libido (p.307).

Ce faisant, la psychanalyse se dote d'un second Principe au nom duquel la Libido, délaissant le Moi, viendrait se mettre au service de la sexualité (p.330, 391) sous l'appellation de Principe de Plaisir (p.335, 338), idée que Freud a emprunté à Emmanuel Kant , mais sans citer sa source ! Maintenant, comme l'entrée en scène du Plaisir appelle une contre-partie moralisante, Freud complète sa théorie en sortant de l'ombre une tendance antagoniste qu'il appelle non pas "déplaisir", (car la référence à Kant deviendrait trop transparente), mais Principe de Réalité (p.336), imaginant une confrontation de purs Principes (p.352, 415) dont l'arbitrage relève d'un troisième Principe appelé Tendance du Moi (p.330).
Cette tendance du Moi, chargée de démêler Plaisir et Réalité, entre alors en concurrence avec le premier Principe, celui de la "libre circulation" de la Libido, laquelle n'est déjà plus un fluide neutre, mais se trouve subrepticement placé au service de la sexualité, donc du Plaisir... (p.307).

On devine les contradictions que cette composition de Principes réserve au statut de la Libido, d'abord placée en position d'intervenant autonome, agissant pour son propre compte à l'intérieur de l'individu qu'elle est censée animer dans sa totalité, puis soupçonnée de menacer l'équilibre de la personne par des exigences despotiques, dès lors que la théorie présente ses revendications comme opposées au but final de l'activité psychique de l'individu, qu'énonce un quatrième Principe, la tendance à acquérir du plaisir et à éviter de la peine (p.353).

Soit. Acceptons ce montage qui n'est autre que le sophisme de l'homoncule, le petit homme dans le grand homme. Mais ne soyons pas dupe du système, car il suppose que le petit soit lui-même gouverné par un plus petit que lui, et ainsi de suite selon une régression sans fin, indépendante du but recherché, Peine ou Plaisir. Or il est clair que si l'activité psychique est véritablement le reflet d'un acte d'autonomie, l'être auquel il appartient d'apprécier ce qui est Peine ou Plaisir n'est subordonné qu'à lui-même. Est-ce alors à la personne, dotée d'un appareil sensible riche et varié qu'il revient de sélectionner avec nuance ce qui est Plaisir et ce qui est Peine ? Ou est-ce à l'aveugle "homoncule-Libido", pointilleux et indifférent, hormis pour ce qui gêne son propre écoulement, qu'il incombe d’arbitrer le dilemme, comme s'il était miraculeusement équipé d'un appareil l'autorisant à trancher pour le grand homme ?

FREUD répond en affirmant que toute appréciation de la Peine ou du Plaisir relevant de la seule Libido, l'individu devra s’incliner devant ses exigences (p.382). Maintenant, Libido, Sexualité et Principe de Plaisir restant amalgamés l'un à l'autre, on voit mal comment la Libido peut opérer dans ce bloc. On conçoit encore moins comment elle peut se situer par rapport au Plaisir et à la Peine. Et sans aller jusqu'à interroger les conditions de son écoulement, force est de constater que jamais ni nulle part la doctrine n'évoque un quelconque rivage encadrant la Libido, et précisant ce qui coule ni où ça coule. Il existe même une contradiction interne entre cette Libido, attachée à son propre plaisir jusqu'à soumettre la personne à son étrange machinerie, et le concept de Pulsion, sous lequel Sigmund FREUD s'efforcera de la ranger, après qu'il eut établi une distinction entre les activités instinctuelles, exclusivement somatiques, et les comportements plus élaborés censés inclure des représentations dont il a oublié qu'elles supposent l'intention et le libre choix.

Manifestement, ce dispositif comporte des zones d'ombre, mais le procédé est loin d'être innocent, car il assure à bon prix la plasticité de la doctrine, en lui permettant de ne jamais s'embarrasser de contradictions. Là est toute la force de la Psychanalyse, au moins pour les inconditionnels.

APPLICATION DES PRINCIPES A LA PATHOLOGIE PSYCHIQUE.

Passons maintenant aux explications que la doctrine psychanalytique donne des manifestations pathologiques. Elles se déclinaient suivant quatre Principes.
Le premier est naturellement l'obstacle à la Libre circulation. C'est le Principe fondamental : si la Libido ne peut pas circuler ou si elle ne peut pas s'écouler librement, ou plus généralement si ses exigences ne sont pas satisfaites (p.338), la Libido s'accumule et elle est remplacée soit par de l'angoisse (p.387), soit par des "processus somatiques", soit par des symptômes psychiques, les symptômes (somatiques ou psychiques) étant ainsi conçus comme l'expression substitutive d'une stase de la Libido (p.324, 329).
Vous conviendrez que chercher à valider ce processus donne le droit de réfléchir a contrario, à l'état mental qui refléterait une Libido toujours satisfaite. Si cet état existait réellement, comme il exclurait tout désir, pourrait-il être considéré comme psychiquement sain ? Je vous laisse répondre en demandant si une Libido comblée, donc rendue au silence est seulement concevable, car dès l'instant où son essence est la non-satisfaction, le mécontentement est son unique raison d'exister, en sorte que la Libido n'est pas plus concevable satisfaite qu'insatisfaite.

Un second Principe appelé pour expliquer la pathologie était le renoncement au réel, terminologie explicitement employée par FREUD au sens de renoncer à pratiquer la sexualité (p.363, 379, 409). Voilà qui ne manque pas de surprendre puisque cet auteur avait présenté les "tendances de la sexualité" comme radicalement différentes des "besoins de la réalité", les premiers supportant d'être différées, au contraire des seconds qui exigeraient une satisfaction immédiate. Quoi qu'il en soit, ce second Principe n'est pas en contradiction avec l'idée que la cause des symptômes viendrait d'un obstacle mis à l'écoulement de la Libido, sauf qu'écoulement de la libido et accomplissement de la sexualité devenant équivalents et interchangeables, est-il vraiment nécessaire d'en faire deux entités séparées ?

Là encore, il vaut mieux ne pas trop approfondir les affirmations de la doctrine, car si la Libido a bien été identifiée à une force au service de la sexualité, il ne lui est pas interdit d'animer d'autres mobiles. Par suite, rien ne permet de déduire que le non-accomplissement de la sexualité fasse obstacle au libre écoulement de la libido, et rien ne justifie non plus de rapporter les symptômes psychiques ou somatiques à des renoncements quelconques, même si pour FREUD, le renoncement au réel et à la sexualité étant identiques, l'équivalence suppose d’amalgamer deux principes considérés ailleurs comme s'excluant réciproquement : le Principe de Plaisir servi par la Sexualité, et celui de Réalité servi par le besoin.

La contradiction vient encore du manque à désigner entre quelles berges coule la Libido, et sur quels piliers peuvent s'arc-bouter les obstacles mis à son écoulement. Il n'est pas douteux que l'examen de ces pré-supposés est tout simplement évacué par la psychanalyse, tandis que FREUD clôt le débat au moyen d'une assertion assez surprenante de la part d'un théoricien de la psycho-pathologie, en affirmant que "le caractère intrépide, (c'est à dire non-anxieux) est incompatible avec la restriction sexuelle" (p.379), adage qui retourné en forme de nouveau Principe, attribue l'origine des névroses à la fois au renoncement au réel et à la restriction sexuelle, ce que FREUD n'hésite pas à formuler par le truisme suivant : "l'angoisse naît de la restriction sexuelle particulière aux indécis"...(p.379). Et comme l'affirmation admet la réciprocité, chacun en conclura qu'être indécis, c'est sans aucun doute être anxieux, donc névrosé. Maintenant, le second principe ne dit pas si la réduction de l'activité sexuelle est cause ou conséquence des symptômes psychiques, mais il autorise à conclure que les anxieux peuvent être indécis !

Le troisième Principe est celui de la régression temporelle de la Libido (p.342) puisque, déclare FREUD, "la majorité des symptômes névrotiques se rattache aux efforts de la Libido pour retourner vers ses objets préalables de satisfaction". Ainsi, toujours considérée comme une sorte de force indépendante (p.382) intervenant à l'intérieur des personnes, la Libido n'aurait de cesse de prendre à rebours son propre développement temporel pour rechercher des objets déjà investis (p.320, 322, 326, 351), lesquels se présentent sous forme de fantasmes ou de fixations somatiques (p.320, p.398).
A première vue, ce Principe de régression pourrait rassembler tous les autres et être considéré comme causal, au sens plein du terme. Mais il faudrait pour cela le compléter d'au moins deux ingrédients. D'abord un seuil, à partir duquel se déclencherait le retournement de la Libido. Ensuite, préciser si le basculement régressif de la Libido résulte d'un facteur exogène ou si elle est programmée pour cette reconversion. Comme l'exposé freudien fait silence sur ces précisions, on est réduit à constater que sous couvert de science psychologique, il développe dans un langage précieux ce que personne n'ignore. A savoir, qu'un appétit naturel peut s'inverser, et qu'aspirer au progrès sans renoncer à la nostalgie du passée est propre à la condition humaine, la grandeur de l'être humain consistant justement à gérer la contradiction. Maintenant la psychanalyse se garde bien d'esquisser une moyen d'aide pour s'acquitter harmonieusement de la tâche.

Un quatrième et dernier Principe complètant les précédents, s'énonçait comme suit : Le symptôme psychique ne se formerait que pour éviter l'angoisse (p.378, 381). La formulation est d'autant plus surprenant que l'angoisse a été présentée comme l'expression 1a plus achevée de la régression libidinale, en d'autres termes ce vers quoi la Libido n'aurait de cesse de faire retour, puisque le prototype de l'angoisse a pour origine le traumatisme de la naissance. Toutefois, comme l'auteur évite de définir le statut ontologique de l'angoisse, la doctrine se garde bien de préciser si les symptômes sont destinés à venir atténuer une angoisse vécue par la personne, au nom du mobile essentiel de l'activité psychique qui, rappelons-le, est la... "Tendance à éviter de la peine"... ou si le symptôme, déjà considéré comme un protecteur naturel contre le déferlement de la Libido accumulée, fait en même temps oeuvre d'amortisseur à l'endroit d'une régression trop éprouvante pour la Libido, celle-ci étant alors considérée tantôt comme une menace, tantôt comme un être sensible, l'Homoncule qui cherche à s'épargner de la Peine...

Parvenu au coeur d'un tel imbroglio, on ose à peine se demander si l'angoisse est véritablement plus pénible que le symptôme, et surtout, qui va la ressentir ? Est-ce la personne ou sa Libido ? Le fondateur de la psychanalyse nous apprend alors que "certaines catégories de personnes" éprouveront plus que d'autres leurs troubles face à leur propre Libido". Et de citer (p.383) les "indécis", les "enfants qui sont sujet à l'angoisse", et les "prédisposés à la névrose", non sans préciser à notre intention que ceux-ci "se laisseront envahir et déborder par la Libido" (p.364) en raison chez eux, de la "persistance d'un sentiment de moindre valeur" (p.383). Une fois encore, FREUD nous explique en langue savante que l'on devient névrosé parce qu'on est habité par un sentiment de faiblesse, puisque ... "plus le Moi est faible, plus la Libido prend le dessus" (p.415), argument paradoxal certes, et sans appel, puisqu'il était entendu que dégagée des contraintes imposées par un Moi fort, la Libido s'écoulant sans obstacles, son libre épanchement devait garantir aux personnes dont le Moi est faible, l'absence de symptômes dont justement, elles souffrent !
S'enferrant dans l'impasse d'un corps de doctrine qui laisse prévoir ce qui ne s’observe pas, le père de la psychanalyse soutient alors que : "Plus le Moi est fort, plus il est à l'abri de la névrose" (p.364) oubliant soudain qu'un Moi fort, donc capable de dresser plus d'obstacles au libre écoulement de la Libido devrait, plus qu'un autre, être sujet aux symptômes névrotiques. Mais nous savons que les thèses freudiennes ne sont pas à une contradiction près.

Ayant empêtré sa théorie dans une suite de Principes commandant une cascade de mécanismes et de processus contradictoires, FREUD en vient finalement à évoquer comme déterminisme des névroses, certains facteurs circonstanciels, tels que les "dispositions acquises dans la première enfance" (p.340), voire même une "prédisposition" (p. 369) soit héréditaire, soit constitutionnelle, soit du caractère", (p. 341, 343, 379) ! On peut alors légitimement se demander pour quelles raisons lui-même et ses épigones ont professé un tel mépris pour la psychométrie, la psychobiologie, l'épidémiologie et la génétique ? Avaient-ils quelqu'inquiétude à l'idée de voire comparer les résultats dont ils prétendaient se glorifier avec ceux qu'allaient produire des théorisations plus solides, parce que plus exigeantes sur la nécessité de solidariser les Principes à des Causes, voire de confirmer leurs hypothèses par des preuves expérimentales?

De fait, le fondateur de la psychanalyse comme ses successeurs ont toujours refusé de publier des résultats car ils considéraient leur Science comme incompatible avec un projet expérimental. Sur ce point, nous devons respecter leurs convictions, car il n'existe pas d'arguments autorisant à disqualifier une connaissance sous prétexte qu'elle n'est pas empiriquement vérifiable. La Science mathématique ou la Science astronomique continuent à faire autorité et progressent régulièrement sans s'encombrer du moindre support expérimental. Considérons donc que pris isolément, chacun des Principes de la Psychanalyse correspond peut-être à une énonciation recevable qui peut même refléter une expérience positive, mais que leur groupement n'a pas abouti à unifier une prtique adéquate au traitement des malades.

Je n’ai pas le temps ici de développer cet axe et je vais conclure en constatant avec vous qu'il existe maintenant quantités de formes de psychothérapies et entretiens thérapeutiques menés souvent avec succès en dehors de toutes règles doctrinaires, par des analystes ET par des non-analystes, tandis que la rareté des cures devient éloquente. Je parle évidemment des "cures types" menées dans le cadre défini par FREUD, qui fixait la position du patient et celle du praticien, le mode de paiement, la durée et le rythme hebdomadaire des séances, jusqu'aux protocoles réglant les périodes de vacances. Actuellement, seuls ceux qui ambitionnent de devenir psychanalystes acceptent encore de se plier aux exigences du rituel freudien, cérémonial qui fait maintenant figure de liturgie initiatique, censé donner accès à une position sociale jadis convoitée...

Les échafaudages de Principes présentés par FREUD comme une théorie définitive n'auraient-ils servit qu'à engendrer l'état de psychanalyste en le dotant du magnétisme nécessaire à sa reproduction ? Ce n'est pas improbable, surtout si on prend la liberté de considérer avec recul le dédain qu'il professait en 1926 pour tout savoir scientifique en affirmant dans Inhibition Symptôme Angoisse (p. l2), je cite :
"Nous savons bien le peu de lumière que la Science a pu jusqu'à présent jeter sur les énigmes de ce monde ; tout le bavardage des philosophes n'y peut rien changer et un travail poursuivi avec patience, subordonnant tout à la seule exigence de certitudes peut progressivement modifier cet état de chose"....
Que le créateur de la Psychanalyse fasse appel à des "certitudes" suppose que le domaine du psychisme sur lequel il "travaillait avec patience" soit à ses yeux, ordonné par la Raison. Lui donner tort serait oublier que la Raison, prise comme tension vivante entre des opposés, rassemble ET l’opérateur (autrement dit, le Psychisme), ET la recherche des Causalités.

Maintenant, si naturelle que soit sa curiosité, elle reste une invite à construire une solide théorisation, car les pratiques psychothérapiques produisent bien des transformations, et celles-ci ne seraient pas concevables si aucune théorie n’en rendait compte. Bien entendu, ceux qui croient à la psychanalyse cherchent toujours à expliquer ce qu’ils constatent au moyen des Principes qu’ils tirent de leur doctrine, mais ses contradictions font qu’ils produisent un discours rabâché où seuls les changements de style marquent quelque renouvellement.
Voila qui n'est ni original, ni particulier à la psychanalyse, car depuis toujours, des groupes se sont constitués autour de "Savoirs individuels" présentés comme des "Sciences universelles", au moins par leurs participants. Jadis, on les nommait des "gnostiques" et ils ont laissé le souvenir de spécialistes d'une science connue seulement de ceux qui s'y réfèrent.... Le propre de leur culture est de refuser tout examen critique et de tenir les obscurs enfantillages où leurs adeptes ont usé leur vie, pour l'occupation naturelle des personnes faisant profession de gravité.

Parvenus à ce point, les sociétés de psychanalystes se sont désormais déliés des objectifs initiaux du Père fondateur qui, reconnaissons-le, visait une raison pratique : soigner des hommes souffrants. Absorbés par des querelles académiques sur l'exégèse des textes freudiens, chaque courant assure pourtant lui rester fidèle. Mais cette illusion a-t-elle un avenir ?

CREDIT BIBLIOGRAPHIQUE
Freud Sigmund, L'Introduction à la Psychanalyse, Paris, Ed Payot, 1968 ; pages cités dans le texte.
Freud Sigmund, Inhibition, Symptôme, Angoisse, Paris, P.U.F. 1968 ; p. l2
Kant Emmanuel, Critique de la Faculté de juger, Système de tous les pouvoirs de l’esprit humain, XX, 206 Pleiade, Gallimard, Paris.